La communauté Maltaise en Algérie

Extraits de l’ouvrage de
intitulé : « Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui »

Les Français d'Algérie de 1830 à aujourd'hui
C’est essentiellement dans l’Est algérien que s’étaient installés les Maltais. Au XIXe siècle, ces derniers ont eu une mauvaise image. Cette immigration, qui progressa vite de 1833 à 1851, ne s’accrut ensuite que par l’excédent des naissances sur les décès. En 1886, à leur sommet, ils étaient 15.533. Au tout début de la conquête, nombreux sont ceux qui semblent avoir été fournisseurs de l’armée et, pour l’essentiel, petits commerçants (débitants de boissons, gargotiers, épiciers, etc.); cinquante ans après, on les disait animés par un « instinct de lucre » puissant.

René Lespès a insisté sur leurs qualités: « Ardeur au travail, esprit d’économie, aptitudes commerciales ».

On soulignera une évidence : le même trait peut être nommé péjorativement (esprit de lucre) ou positivement (aptitudes commerciales). Pierre Dimech, actuellement président national du Cercle algérianiste et qui proclame son origine « 100 % maltaise » a relevé dans la littérature algérianiste les stéréotypes les plus fréquents du Maltais: piété voyante, âpreté au gain, acharnement au travail, roublardise, sens rude de la famille.

Ces « hommes-frontières » si souvent caricaturés, ridiculisés, voire méprisés, avaient fini par avoir honte de leur origine, à vouloir l’effacer, écrit-il, ce qui était facilité par leur faculté d’assimilation car ces insulaires étaient très souvent envahis, dominés, transformés.

Au cours d’un entretien, un Français d’Algérie d’origine maltaise revient souvent sur les Maltais: ils ont « beaucoup de défauts, ils sont coléreux, il y a des histoires de famille, des fâcheries pendant des générations, ce sont des insulaires, des rancunes tenaces, on les dit rapaces; il y a une qualité qu’on ne peut pas leur arracher, c’est le travail. Tous les gens que j’ai connu en Algérie sont morts à la tâche et avec dignité ».

« Les Maltais sont rudes, taciturnes, c’est la différence avec les cousins Italiens qui sont exubérants.  Les Maltais sont exubérants dans les faits, mais il y a quelque chose déjà d’oriental, ce qui est dû à leur histoire, à toutes les invasions qu’ils ont subies. Quand il ne se croît pas observé le Maltais a souvent un visage sévère, un sourcil froncé ».

« J’ai compris pourquoi on ne parlait jamais de Malte (à Alger). Les Maltais avaient honte. Je connais personne qui ait eu honte de ses parents en tant que tels, mais honte de la communauté. J’ai connu des Maltais qui ont fait changer leur nom, et pourtant on ne peut pas dire qu’il y ait eu des persécutions. On avait perdu nos attaches avec Malte, c’est le rouleau compresseur  de l’école française qui est passé par là, et un rouleau compresseur consenti; on s’est tourné en masse et en hâte vers la France. On allait vers une fusion ».

Extraits sélectionnés par Georges GANDER


  1. La vie économique à Malte au 18ème siècle, de Aurore VERIÉ
  2. Les étrangers à Malte (fin XVIe-XVIIe siècles), de Anne BROGINI
  3. La langue maltaise, un carrefour linguistique, de Martine VANHOVE
  4. Les Juifs à Malte, de Aurore VERIÉ
  5. Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui (extraits), de Jeannine VERDES-LEROUX
  6. L'émigration des Maltais en Algérie au XIXème siècle (extraits), de Marc DONATO
  7. Malte dans "Un hiver en Egypte" (extraits), de Eugène POITOU
  8. Les Maltais en Tunisie à la Veille du Protectorat (extraits), de Andrea L. SMITH
  9. La population de Malte au XVIIe siècle, reflet d’une modernité (extraits), de Anne BROGINI
  10. La peur de la Révolution française à Malte, de Frans CIAPPARA
  11. Le Siège de Malte par Napoléon Bonaparte (extraits)
  12. Malte, frontière de chrétienté (1530-1670), de Anne BROGINI
  13. L’esclavage au quotidien à Malte au xvie siècle, de Anne BROGINI
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